{"id":198,"date":"2018-11-22T17:04:31","date_gmt":"2018-11-22T16:04:31","guid":{"rendered":"http:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/?p=198"},"modified":"2018-12-06T11:51:53","modified_gmt":"2018-12-06T10:51:53","slug":"robot-love","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/2018\/11\/22\/robot-love\/","title":{"rendered":"Robot Love"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_199\" aria-describedby=\"caption-attachment-199\" style=\"width: 660px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-199 size-full\" src=\"http:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/18_11_01_LR.jpg\" alt=\"\" width=\"660\" height=\"371\" srcset=\"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/18_11_01_LR.jpg 660w, https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/18_11_01_LR-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-199\" class=\"wp-caption-text\">Aleksandra Domanovi\u0107, Things to Come, 2014 &#8211; Adam Basanta, A Truly Magical Moment, 2016 &#8211; Stephanie Dinkins, Conversation with Bina 48, 2014 &#8211; Hito Steyerl, Hell Yeah We Fuck Die , 2016.<\/figcaption><\/figure>\n<p>C\u2019est dans la laiterie d\u00e9saffect\u00e9e d\u2019un quartier en phase de gentrification d\u2019Eindhoven que la curatrice Ine Gevers questionne notre relation aux robots de toutes natures. Car ces machines autonomes des temps modernes, apr\u00e8s avoir investi nos imaginaires, se sont lanc\u00e9es \u00e0 la conqu\u00eate de nos environnements quotidiens. D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e de l\u2019exposition <a href=\"https:\/\/robotlove.nl\/en\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Robot Love<\/em><\/a>, l\u2019installation vid\u00e9o <em>Hell Yeah We Fuck Die<\/em>d\u2019Hito Steyerl nous accueille. C\u2019est une \u0153uvre aux multiples entr\u00e9es induisant la d\u00e9ambulation. Son titre rassemble les cinq mots de langue anglaise les plus utilis\u00e9s de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es en musiques actuelles. Plusieurs \u00e9crans nous pr\u00e9sentent des robots anthropomorphes virtuels ou r\u00e9els que des chercheurs \u201cmaltraitent\u201d pour en tester l\u2019endurance. Comme autant de militaires, les robots effectuent des parcours de combattants et l\u2019on ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9prouver quelque empathie au regard de ce qu\u2019ils subissent. Les s\u00e9quences proviennent de l\u2019Internet, l\u00e0 o\u00f9 de tr\u00e8s nombreuses entreprises, \u00e0 l\u2019instar de <em>Boston Dynamics<\/em>, diffusent notamment les \u201cmauvais traitements\u201d qu\u2019ils affligent \u00e0 leurs machines pour en vanter les performances. Quand un robot sans conscience aucune et violemment bouscul\u00e9 ne tr\u00e9buche pas l\u00e0 o\u00f9 un humain irait \u00e0 terre, c\u2019est qu\u2019il est op\u00e9rationnel. Mais cette qu\u00eate d\u2019un autre technologique n\u2019est pas nouvelle si l\u2019on consid\u00e8re une autre s\u00e9quence de cette m\u00eame installation. Car celle-ci \u00e9voque les recherches d\u2019Al-Jazari, un \u00e9rudit arabe ayant publi\u00e9 en 1206 un livre d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la <em>connaissance des m\u00e9canismes ing\u00e9nieux<\/em>. Al-Jazari, en son temps, aurait-il pu imaginer que l\u2019on construise des bip\u00e8des d\u2019une extr\u00eame complexit\u00e9 pour s\u2019offrir le loisir de les faire tr\u00e9bucher\u00a0?<\/p>\n<p>Parmi la cinquantaine d\u2019artistes pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la Campina Milk Factory, on remarque aussi imm\u00e9diatement la pi\u00e8ce suspendue d\u2019Aleksandra Domanovi\u0107 tant elle est monumentale. Intitul\u00e9e <em>Things to Come<\/em>en r\u00e9f\u00e9rence au film de science-fiction de 1936 qui est inspir\u00e9 d\u2019un roman d\u2019H. G. Wells, elle est compos\u00e9e de sept supports transparents sur lesquels ont \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9es des repr\u00e9sentations en trois dimensions illustrant des films de science-fiction. Mais pas n\u2019importe lesquels puisque l\u2019artiste a privil\u00e9gi\u00e9 les longs-m\u00e9trages o\u00f9, comme dans <em>Gravity<\/em>(2013) d\u2019Alfonso Cuar\u00f3n avec Sandra Bullock et George Clooney, les femmes y ont des r\u00f4les de pr\u00e9dilection. Inutile de rappeler qu\u2019il \u00e9tait une \u00e9poque, pas si lointaine, o\u00f9 c\u2019\u00e9tant essentiellement des hommes qui pilotaient les vaisseaux \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re, se t\u00e9l\u00e9portaient dans l\u2019espace ou voyageaient dans le temps. Mais les temps changent, tout au moins \u00e0 Hollywood et \u00e0 de multiples \u00e9gards dans cette c\u00f4te Ouest des \u00c9tats-Unis qui fa\u00e7onne nos imaginaires au travers de films et de s\u00e9ries. C\u2019est ce que l\u2019on nomme le <em>soft power<\/em>qui, avec l\u2019av\u00e8nement d\u2019Internet a progressivement migr\u00e9 vers la <em>Silicon Valley<\/em>. Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans la version digitale que <a href=\"http:\/\/www.stephaniedinkins.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Stephanie Dinkins<\/a> d\u00e9nonce le <em>soft power<\/em>que les programmeurs exercent sur les intelligences artificielles qu\u2019ils d\u00e9veloppent. L\u2019artiste noire-am\u00e9ricaine a tout d\u2019abord initi\u00e9 une s\u00e9rie de conversations avec le buste robotique du projet <em>Bina 48<\/em>initi\u00e9 par le roboticien David Hanson et financ\u00e9 par l\u2019homme d\u2019affaire Martin Rothblatt devenue Martine Rothblatt. Celle-ci ayant souhait\u00e9 que la t\u00eate parlante ait tant l\u2019allure que la raison de sa partenaire noire am\u00e9ricaine Bina Aspen Rothblatt. Le projet s\u2019inscrit donc dans le mouvement transhumante visant \u00e0 s\u00e9parer le corps de l\u2019esprit dans l\u2019usage de technologies \u00e9mergentes. Un tel projet ne peut gu\u00e8re laisser indiff\u00e9rent et constitue d\u00e9j\u00e0 un cas d\u2019\u00e9cole tant en terme de psychanalyse que d\u2019\u00e9thique. Quant \u00e0 Stephanie Dinkins, elle remarque l\u2019embarra de <em>Bina 48<\/em>lorsque la question du racisme est abord\u00e9e. Une g\u00eane qu\u2019elle attribue au fait que, si l\u2019intelligence artificielle de <em>Bina 48<\/em>exprime tant bien que mal celle de la vraie Bina, elle a aussi \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e par un homme blanc\u00a0: le roboticien David Hanson. L\u2019histoire est complexe, mais la conclusion l\u2019est moins. Et elle vise \u00e0 attirer notre attention sur le pouvoir, aussi r\u00e9el que symbolique, des sp\u00e9cialistes qui fa\u00e7onnent les intelligences artificielles \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 en mesure de prendre bien des d\u00e9cisions lors de nos d\u00e9ambulations sur l\u2019Internet.<\/p>\n<p>Enfin, il y a \u00e0 Eindhoven une installation vid\u00e9o que l\u2019on pourrait contr\u00f4ler \u00e0 distance et qui s\u2019active via l\u2019Internet. Quand c\u2019est une m\u00e9diatrice qui nous incite, dans l\u2019espace de l\u2019exposition, \u00e0 nous connecter via <em>FaceTime<\/em>\u00e0 <em>A Truly Magical Moment<\/em>d\u2019<a href=\"https:\/\/adambasanta.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Adam Basanta<\/a>. Les deux <em>iPhones<\/em>qui, prolongeant des perches \u00e0 selfies se font face se mettent alors \u00e0 tourner de plus en plus rapidement. La situation, tout en \u00e9voquant la ronde passionn\u00e9e qu\u2019effectuent Kate Winslet et Leonardo DiCaprio dans le film <em>Titanic<\/em>(1998) de James Cameron, illustre aussi les couches de technologies qui, souvent, se superposent entre les autres et soi. A une \u00e9poque o\u00f9 ce sont des applications qui se chargent de nos relations de toute nature, la machine, dans le cas de <em>A Truly Magical Moment,<\/em>a un r\u00f4le interm\u00e9diaire au point que les participantes et participants dont les regards sont riv\u00e9s sur leurs \u00e9crans l\u2019oublient. Comme c\u2019est le cas pour leurs amis immortalisant la sc\u00e8ne en les photographiant. Or n\u2019est-ce pas le premier r\u00f4le que donnent les entreprises du digital aux algorithmes d\u2019intelligence artificielle qu\u2019elles con\u00e7oivent pour qu\u2019elles s\u2019immiscent dans nos vies\u00a0: se faire oublier, d\u00e8s lors que nous avons sign\u00e9 les termes et conditions sans pour autant en avoir v\u00e9ritablement pris connaissance ?<u><\/u><\/p>\n<pre><em>R\u00e9dig\u00e9 par Dominique Moulon pour <a href=\"https:\/\/www.tk-21.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">TK-21<\/a><\/em><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est dans la laiterie d\u00e9saffect\u00e9e d\u2019un quartier en phase de gentrification d\u2019Eindhoven que la curatrice Ine Gevers questionne notre relation aux robots de toutes natures. Car ces machines autonomes des temps modernes, apr\u00e8s avoir investi nos imaginaires, se sont lanc\u00e9es \u00e0 la conqu\u00eate de nos environnements quotidiens. 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