{"id":336,"date":"2020-01-05T16:59:53","date_gmt":"2020-01-05T15:59:53","guid":{"rendered":"http:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/?p=336"},"modified":"2020-01-08T19:03:27","modified_gmt":"2020-01-08T18:03:27","slug":"ruines-particulaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/2020\/01\/05\/ruines-particulaires\/","title":{"rendered":"Ruines particulaires"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"660\" height=\"446\" src=\"http:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/20_01_05_01.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-337\" srcset=\"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/20_01_05_01.jpg 660w, https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/20_01_05_01-300x203.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><figcaption>Thibault Brunet, <em>Sans titre #2, <\/em>s\u00e9rie <em>Bo\u00eete noire<\/em>, 2019.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Si les cartes des militaires pr\u00e9c\u00e8dent les conflits arm\u00e9s, ce sont toujours les images qui l\u2019emportent en documentant ces derniers pour en pr\u00e9ciser, avec la plus grande des exactitudes, l\u2019effroi qui en r\u00e9sulte&nbsp;: des tableaux de la Bataille de San Romano de Paolo Uccello aux tirages s\u00e9pia d\u2019amoncellements de boulets de canons de Roger Fenton&nbsp;; des ruines de Dresde \u00e0 la fin de la seconde guerre mondiale \u00e0 celles, plus tristement contemporaines, d\u2019Alep en Syrie. Nous voulons tout savoir des affrontements que, pourtant, nous pr\u00e9f\u00e9rons le plus lointain possible. Pendant la premi\u00e8re guerre du Golfe, l\u2019absence de photographies, remplac\u00e9es en vain par des images de synth\u00e8ses, a laiss\u00e9 pr\u00e9sager du pire. Aujourd\u2019hui, nous sommes toutes et tous \u00e9quip\u00e9s de cam\u00e9ras embarqu\u00e9es que l\u2019on soit militaire ou civil, sur les casques ou en harnais pour les premiers, dans les sacs ou poches pour les seconds. Nous sommes \u00e0 l\u2019\u00e8re o\u00f9 toutes les images s\u2019entrechoquent au sein de flux ininterrompus que les m\u00e9dias sociaux s\u2019interdisent de hi\u00e9rarchiser. De la capture \u00e0 la diffusion et de l\u2019appropriation aux commentaires, nous sommes \u00e0 la fois du c\u00f4t\u00e9 des <em>reporters<\/em> et de celui de l\u2019audience. D\u00e9sormais, les ondes de choc de guerres sans d\u00e9but ni fin nous parviennent en temps r\u00e9el. C\u2019est dans ce contexte que <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Thibault Brunet (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/galeriebinome.com\/thibault-brunet\/\" target=\"_blank\">Thibault Brunet<\/a> pratique une forme de ralentissement en prenant le temps d\u2019assembler les images de lieux dont on ne sait plus tr\u00e8s bien s\u2019ils existent encore en l\u2019\u00e9tat o\u00f9 il nous les pr\u00e9sente. Usant d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 de photogramm\u00e9trie, l\u2019artiste se saisit des regards d\u2019autrui en observant des territoires en ruine avec la plus grande des attentions. Il explore ses repr\u00e9sentations tridimensionnelles qui sont la somme des images glan\u00e9es en ligne quand ce ne sont pas elles, s\u00e9rendipit\u00e9 oblige, qui se sont impos\u00e9es \u00e0 lui. Les scrutant sous tous les angles de vue possibles, il n\u2019en privil\u00e9gie qu\u2019un seul par image. C\u2019est l\u00e0 son instant d\u00e9cisif. Les manques de mati\u00e8re sont \u00e0 la mesure du mortier qui, sur le terrain, fait aussi d\u00e9faut. Ses images de particules aux infinies variations \u00e9chappent aux cat\u00e9gories car elles ne sont plus v\u00e9ritablement de nature photographique. Et, force est de reconna\u00eetre que l\u2019atmosph\u00e8re des images de l\u2019exposition <em>Ruines particulaires<\/em> est quelque peu singuli\u00e8re. La lumi\u00e8re du matin, par exemple, c\u00f4toie celle du soir eu \u00e9gard aux temporalit\u00e9s multiples des prises de vue originelles. Seule la peinture autorise de telles fantaisies ainsi que les images r\u00e9sultant du calcul des machines. Quant \u00e0 l\u2019absence de cadre, elle nous renvoie davantage \u00e0 la pratique de l\u2019esquisse, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019inach\u00e8vement. On oublie volontiers, face \u00e0 de telles repr\u00e9sentations, le nombre extraordinaire de celles et ceux qui, initialement ont pos\u00e9 leurs regards sur ce qui, par l\u2019accumulation des points de vue, allait devenir des sujets. Des regards qui, rassembl\u00e9s, font \u0153uvre \u00e0 l\u2019\u00e8re o\u00f9 les conflits aussi se jouent sur les m\u00e9dias sociaux. Les ruines de Thibault Brunet sont in\u00e9vitablement susceptibles de retourner l\u00e0 d\u2019o\u00f9 elles proviennent. C\u2019est-\u00e0-dire au sein du flux circulant de centres de donn\u00e9es en navigateurs Internet. Elles pourraient, un jour peut-\u00eatre, croiser celles dont elles sont les cons\u00e9quences par la fusion comme elles pourraient tout autant croiser les regards de celles ou ceux qui, pratiquant la guerre, la communication, l\u2019information ou le tourisme ont captur\u00e9 tant de sc\u00e8nes au Moyen Orient. C\u2019est pourquoi les ruines de Thibault Brunet nous sont si famili\u00e8res. Tant parce qu\u2019elles \u00e9voquent dessins, peintures et photographies de ruines que l\u2019histoire a accumul\u00e9s au fil du temps que pour leur proximit\u00e9 avec les th\u00e9\u00e2tres d\u2019op\u00e9rations dont des repr\u00e9sentations, sous de multiples formes, nous parviennent quotidiennement. R\u00e9unies, elles finissent par hanter si ce n\u2019est encombrer nos m\u00e9moires collectives alors nous refusons que de tels conflits aient encore des raisons d\u2019\u00e9merger. Rien d\u2019\u00e9tonnant quand ses situations nous obs\u00e8dent, que des artistes ou non-artistes n\u2019aient de cesse de les documenter, chacune, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re. Aux serveurs des data centres qui les font circuler de les traiter \u00e9galement en ce va-et-vient de conflits qui sont aussi des guerres de l\u2019information. <\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><em>Par Dominique Moulon pour <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"La Capsule (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/sites.google.com\/site\/lacapsule93\/exposition-en-cours?authuser=0\" target=\"_blank\">La Capsule<\/a> et la <a href=\"https:\/\/www.biennalenemo.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Biennale N\u00e9mo (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Biennale N\u00e9mo<\/a>.<\/em><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si les cartes des militaires pr\u00e9c\u00e8dent les conflits arm\u00e9s, ce sont toujours les images qui l\u2019emportent en documentant ces derniers pour en pr\u00e9ciser, avec la plus grande des exactitudes, l\u2019effroi qui en r\u00e9sulte&nbsp;: des tableaux de la Bataille de San Romano de Paolo Uccello aux tirages s\u00e9pia d\u2019amoncellements de boulets de canons de Roger Fenton&nbsp;; &hellip; <a href=\"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/2020\/01\/05\/ruines-particulaires\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Ruines particulaires<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-336","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/336","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=336"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/336\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":340,"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/336\/revisions\/340"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=336"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=336"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/artinthedigitalage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=336"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}