
Le Feral est un projet collectif fondé en 2024 par l’artiste Fabien Giraud et la curatrice Anne Stenne. Après une première présentation au Museum of Contemporary Art de Sydney, cette utopie qui nous projette jusqu’en 3024 fait étape au Palazzo Diedo de Venise où le Berggruen Arts & Culture accueille l’exposition Strange Rules conçue par les artistes Mat Dryhurst, Holly Herndon et le curateur Hans Ulrich Obrist en collaboration avec la commissaire du palais vénitien Adriana Rispoli. L’événement est dédié aux pratiques protocolaires que le numérique, fort de ses systèmes entre autres règles et instructions, favorise grandement. Un contexte tout à fait adapté au Feral qui s’articule autour de l’entrainement et de l’usage collectif d’une intelligence artificielle. Et sachant que le projet contient aussi un volet enseignement et recherche – intitulé L’Institut – placé sous la responsabilité de la curatrice Ida Soulard et de l’artiste Grégory Chatonsky connu pour ses pratiques et réflexions relatives à l’IA.
Mais alors de quoi s’agit-il ? D’un « film sur 1000 ans réalisé par une intelligence artificielle », annonce le site internet, avec un territoire équipé de capteurs son et image d’une vingtaine d’hectares situé au sein du parc naturel régional du Plateau de Millevaches comme unité de lieu. Sans omettre ses habitantes et habitants qui participent activement aussi au projet. L’idée est d’en suivre les générations successives pendant mille ans. Quand chaque année, des artistes se succèdent pour entrainer le modèle d’IA et générer des créations dont les présentations s’organisent autour des solstices. C’est dire si la technique et la nature sont essentielles à cette œuvre processuelle. Après Sydney et Venise, la présentation de premières versions se poursuivra au Musée d’Art, Architecture et Technologie de Lisbonne, puis au Musée Guggenheim de New York. Le premier artiste du Feral à s’être confronté à cette intelligence artificielle apprenante est Fabien Giraud qui peut ainsi être considéré comme co-auteur, avec celle-ci, du film Epoch 1 monté en temps réel par la machine au Palazzo Diedo. Rappelons qu’une epoch en IA correspond au cycle d’entrainement d’un modèle d’IA qui, ici, nous projette en 1023. Soit à une époque en région limousine où de fortes pluies, très présentes dans le film, avaient provoquées une épidémie d’ergotisme due à la consommation de pain contaminé à l’ergot du seigle dont est dérivé le LSD. Ce qui a pour effet d’établir un parallèle entre les hallucinations des humains et celles des machines, en cette période contemporaine où jamais le réel n’a été autant questionné. Quant à l’équipe du Feral, elle privilégie la notion de “fiction concrète”. Il y a eu des séances de tournage à Cheissoux en Limousin, avant que la machine, inévitablement, n’extravague sans que jamais nous ne sachions la véritable provenance de ce que nous observons à Venise. Et peu importe, dans cette cité riche de tant de fictions aux époques mêlées.
Article rédigé par Dominique Moulon pour Art Absolument.



































