Soft Robots

L’exposition Soft Robots : The Art of Digital Breathing du centre d’art Copenhagen Contemporary a été prolongée jusqu’au mois d’avril. Une chance supplémentaire de découvrir les créations d’une quinzaine d’artistes internationaux réunis par les trois commissaires s’articulant autour de différentes notions : technologie, autonomie, souplesse ou douceur.

Silas Inoue, Wash, 2023, Copenhagen Contemporary, 2025-2026.

Parmi les installations présentées dans les gigantesques salles d’une relative blancheur du Copenhagen Contemporary, il y a Wash de Silas Inoue, artiste dano-japonais dont les recherches oscillent entre nature et technologie. C’est une machine composée des restes d’une automobile qui, littéralement, prend un bain. Alimentée par d’innombrables tubes de plastique, elle semble sous observation, pour son plus grand bien. Les plantes qui l’entourent bénéficient des émanations vaporeuses que ses tuyaux d’échappement émettent, des émissions qui ne constituent en rien une menace. L’entité semble apaisée, comme le sont, on l’imagine, celles et ceux qui pratiquent la thalasso thérapie réparatrice. Car il s’agit bien ici d’une forme d’esthétique de la réparation.

A.A.Murakami, Beyond the Horizon, 2024, détail, Copenhagen Contemporary, 2025-2026.

L’idée que des machines puissent respirer ou, plus précisément, expirer est aussi très présente dans l’installation robotique Beyond the Horizon du duo d’artistes A.A.Murakami vivant et travaillant entre Tokyo et Londres. Elle rassemble des modules autonomes qui produisent d’énormes bulles de fumées à intervalles réguliers, illustrant parfaitement leur quête en « technologies de l’éphémère ». Qui-a-t-il, en effet, de plus éphémère et insaisissable que des bulles de savons ? Un phénomène qui a déjà fasciné de nombreux peintres et philosophes et qui renvoie à l’émerveillement de l’enfance. Cela prouve qu’il y a encore de la place pour la contemplation et l’imaginaire dans l’art où se déploient plus habituellement des problématiques sociales, environnementales et politiques.

Rhoda Ting & Mikkel Bojesen, After Care, détail, 2025, Copenhagen Contemporary, 2025-2026.

La question du vivant, ou plus exactement de sa simulation, est prégnante dans l’exposition Soft Robots. Notamment avec cette autre installation robotique intitulée After Care du duo composé par l’Australienne Rhoda Ting et le Danois Mikkel Bojesen. Il s’agit d’un bac de gravillons où une cinquantaine de robots souples aux couleurs désaturées interagissent en petits groupes d’individus. Il convient de prendre son temps pour en déceler les micromouvements qui leurs insufflent vie. Quand, chaque jour, en tout début d’après-midi, il devient possible pour le public de les toucher, on vérifie alors que le contact, plus encore que le regard, augmente l’empathie que l’on ressent envers de telles créatures. Et l’on prend conscience que la véritable connaissance de l’autre, entre nature et technologie, ne peut s’envisager qu’en mobilisant tous nos sens.

Yunchul Kim, Mercurial, 2024, Copenhagen Contemporary, 2025-2026.

Enfin, il y a l’installation Mercurial de l’artiste coréen Yunchul Kim qui exprime le vent. Ses deux structures robotiques sont uniquement composées de métal et de plastique : l’une est posée sur un socle de sculpture alors que l’autre est en suspension dans l’espace, comme on présente ordinairement les mobiles en musée. Quant à leurs “chevelures” de tiges aux multiples reflets argentés, elles sont activées par des rotations motorisées. Ces dernières n’évoluent pas seulement dans l’air, mais elles en simulent les déplacements que chorégraphient les lois de la physique dans l’invisible. L’exposition Soft Robots apaise les esprits en cette époque de grande incertitude géopolitique.

Rédigé par Dominique Moulon pour ArtPress.

Facing the Challenge

Louis-Paul Caron, série Incendies, 2026, installation immersive, intelligence artificielle générative, vue d’exposition, Facing the Challenge, Pavillon français, Biennale de Malte.

Les biennales d’art qui ne cessent de se multiplier depuis les années 1990 comptent parmi les conséquences heureuses de la mondialisation. Parmi les plus récentes d’entre elles à pratiquer cette forme de diplomatie du soft power, la Biennale de Malte présente sa seconde édition sous la responsabilité de la commissaire internationale Rosa Martínez. La thématique Clean | Clear | Cut, « conçue pour susciter une série de réflexions et d’actions qui appellent à une transformation urgente du monde dans lequel nous vivons », se déploie sur onze lieux dont le Fort Saint-Elme de La Valette qui accueille sept pavillons nationaux incluant celui de la France investi par Louis-Paul Caron.

Louis-Paul Caron, série Incendies, 2026, installation immersive, intelligence artificielle générative, vue d’exposition, Facing the Challenge, Pavillon français, Biennale de Malte.

L’artiste français a spécialement conçu une installation immersive (projetée à même les pierres du fort) qui s’inscrit dans la continuité de sa série Incendies produite avec de l’intelligence artificielle. L’exposition s’intitule Facing the Challenge, où l’on comprend que le défi à relever est celui du réchauffement climatique, sachant que notre responsabilité collective ne fait plus aucun doute comme s’accorde à le démontrer la communauté scientifique depuis les années 2010. La situation imaginée par Louis-Paul Caron est quelque peu complexe car on ne sait pas exactement si les protagonistes observent le film d’un incendie ou un véritable incendie. Après avoir été le décor de films comme Midnight Express ou Gladiator, le Fort Saint-Elme devient ainsi le théâtre d’une torpeur collective dont nous devons nous extraire pour faire face aux incertitudes à venir.

Louis-Paul Caron, série Incendies, 2026, installation immersive, intelligence artificielle générative, vue d’exposition, Facing the Challenge, Pavillon français, Biennale de Malte.

L’autre thématique sociétale résolument contemporaine que porte aussi cette œuvre immersive du Pavillon Français, c’est celle de l’intelligence artificielle générative qui a été centrale dans la production de telles images. L’outil, ou plutôt le medium mis en œuvre, confère une inquiétante étrangeté aux flammes comme aux fumées. Quant à l’esthétique générale de cette création présentée en exclusivité à Malte, elle emprunte tant à la peinture réaliste américaine qu’aux plans panoramiques en cinémascope ou aux mises en scène de la photographie contemporaine. C’est donc en croisant les imaginaires, incluant celui de la machine, que l’artiste nous alerte sur ce qui, même dans le lointain, nous menace. Il est intéressant de remarquer ici que l’archipel maltais, parce que sans forêt, ni rivière, n’est guère menacée par les mégafeux. Cependant, la gestion de ses nappes phréatiques en climat méditerranéen constitue évidemment un défi. Quant à l’intelligence artificielle qui cristallise actuellement toutes nos attentions, mais d’un point de vue davantage social, elle ne remplace ici aucunement l’artiste qui, en l’utilisant, a appris à la connaître pour dialoguer avec elle. L’exposition Facing the Challenge organisée par l’ambassade de France à Malte est soutenue par la fondation B&B Riccobono en préfiguration d’un réseau de musées dédiés à l’art immersif et à l’intelligence artificielle (MAiiA) en méditerranée.

Article rédigé par Dominique Moulon pour Art Absolument.