
Les biennales d’art qui ne cessent de se multiplier depuis les années 1990 comptent parmi les conséquences heureuses de la mondialisation. Parmi les plus récentes d’entre elles à pratiquer cette forme de diplomatie du soft power, la Biennale de Malte présente sa seconde édition sous la responsabilité de la commissaire internationale Rosa Martínez. La thématique Clean | Clear | Cut, « conçue pour susciter une série de réflexions et d’actions qui appellent à une transformation urgente du monde dans lequel nous vivons », se déploie sur onze lieux dont le Fort Saint-Elme de La Valette qui accueille sept pavillons nationaux incluant celui de la France investi par Louis-Paul Caron.

L’artiste français a spécialement conçu une installation immersive (projetée à même les pierres du fort) qui s’inscrit dans la continuité de sa série Incendies produite avec de l’intelligence artificielle. L’exposition s’intitule Facing the Challenge, où l’on comprend que le défi à relever est celui du réchauffement climatique, sachant que notre responsabilité collective ne fait plus aucun doute comme s’accorde à le démontrer la communauté scientifique depuis les années 2010. La situation imaginée par Louis-Paul Caron est quelque peu complexe car on ne sait pas exactement si les protagonistes observent le film d’un incendie ou un véritable incendie. Après avoir été le décor de films comme Midnight Express ou Gladiator, le Fort Saint-Elme devient ainsi le théâtre d’une torpeur collective dont nous devons nous extraire pour faire face aux incertitudes à venir.

L’autre thématique sociétale résolument contemporaine que porte aussi cette œuvre immersive du Pavillon Français, c’est celle de l’intelligence artificielle générative qui a été centrale dans la production de telles images. L’outil, ou plutôt le medium mis en œuvre, confère une inquiétante étrangeté aux flammes comme aux fumées. Quant à l’esthétique générale de cette création présentée en exclusivité à Malte, elle emprunte tant à la peinture réaliste américaine qu’aux plans panoramiques en cinémascope ou aux mises en scène de la photographie contemporaine. C’est donc en croisant les imaginaires, incluant celui de la machine, que l’artiste nous alerte sur ce qui, même dans le lointain, nous menace. Il est intéressant de remarquer ici que l’archipel maltais, parce que sans forêt, ni rivière, n’est guère menacée par les mégafeux. Cependant, la gestion de ses nappes phréatiques en climat méditerranéen constitue évidemment un défi. Quant à l’intelligence artificielle qui cristallise actuellement toutes nos attentions, mais d’un point de vue davantage social, elle ne remplace ici aucunement l’artiste qui, en l’utilisant, a appris à la connaître pour dialoguer avec elle. L’exposition Facing the Challenge organisée par l’ambassade de France à Malte est soutenue par la fondation B&B Riccobono en préfiguration d’un réseau de musées dédiés à l’art immersif et à l’intelligence artificielle (MAiiA) en méditerranée.
Article rédigé par Dominique Moulon pour Art Absolument.