L’exposition Soft Robots : The Art of Digital Breathing du centre d’art Copenhagen Contemporary a été prolongée jusqu’au mois d’avril. Une chance supplémentaire de découvrir les créations d’une quinzaine d’artistes internationaux réunis par les trois commissaires s’articulant autour de différentes notions : technologie, autonomie, souplesse ou douceur.

Parmi les installations présentées dans les gigantesques salles d’une relative blancheur du Copenhagen Contemporary, il y a Wash de Silas Inoue, artiste dano-japonais dont les recherches oscillent entre nature et technologie. C’est une machine composée des restes d’une automobile qui, littéralement, prend un bain. Alimentée par d’innombrables tubes de plastique, elle semble sous observation, pour son plus grand bien. Les plantes qui l’entourent bénéficient des émanations vaporeuses que ses tuyaux d’échappement émettent, des émissions qui ne constituent en rien une menace. L’entité semble apaisée, comme le sont, on l’imagine, celles et ceux qui pratiquent la thalasso thérapie réparatrice. Car il s’agit bien ici d’une forme d’esthétique de la réparation.

L’idée que des machines puissent respirer ou, plus précisément, expirer est aussi très présente dans l’installation robotique Beyond the Horizon du duo d’artistes A.A.Murakami vivant et travaillant entre Tokyo et Londres. Elle rassemble des modules autonomes qui produisent d’énormes bulles de fumées à intervalles réguliers, illustrant parfaitement leur quête en « technologies de l’éphémère ». Qui-a-t-il, en effet, de plus éphémère et insaisissable que des bulles de savons ? Un phénomène qui a déjà fasciné de nombreux peintres et philosophes et qui renvoie à l’émerveillement de l’enfance. Cela prouve qu’il y a encore de la place pour la contemplation et l’imaginaire dans l’art où se déploient plus habituellement des problématiques sociales, environnementales et politiques.

La question du vivant, ou plus exactement de sa simulation, est prégnante dans l’exposition Soft Robots. Notamment avec cette autre installation robotique intitulée After Care du duo composé par l’Australienne Rhoda Ting et le Danois Mikkel Bojesen. Il s’agit d’un bac de gravillons où une cinquantaine de robots souples aux couleurs désaturées interagissent en petits groupes d’individus. Il convient de prendre son temps pour en déceler les micromouvements qui leurs insufflent vie. Quand, chaque jour, en tout début d’après-midi, il devient possible pour le public de les toucher, on vérifie alors que le contact, plus encore que le regard, augmente l’empathie que l’on ressent envers de telles créatures. Et l’on prend conscience que la véritable connaissance de l’autre, entre nature et technologie, ne peut s’envisager qu’en mobilisant tous nos sens.

Enfin, il y a l’installation Mercurial de l’artiste coréen Yunchul Kim qui exprime le vent. Ses deux structures robotiques sont uniquement composées de métal et de plastique : l’une est posée sur un socle de sculpture alors que l’autre est en suspension dans l’espace, comme on présente ordinairement les mobiles en musée. Quant à leurs “chevelures” de tiges aux multiples reflets argentés, elles sont activées par des rotations motorisées. Ces dernières n’évoluent pas seulement dans l’air, mais elles en simulent les déplacements que chorégraphient les lois de la physique dans l’invisible. L’exposition Soft Robots apaise les esprits en cette époque de grande incertitude géopolitique.
Rédigé par Dominique Moulon pour ArtPress.